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7 chiffres qui condamnent l’incinérateur

Avant les prochaines élections municipales, il semble important de démontrer, en 7 chiffres, pourquoi l’inévitable réduction de nos déchets rend inutile le projet d’incinérateur.

Posons, ou reposons le sujet. Notre département doit anticiper la fermeture des centres d’enfouissement de Montreuil et Saint-Aubin. Il doit, de plus, faire avec le Grenelle et ses emmerdeurs d’écologistes qui considèrent, à juste titre, que glisser la poussière sous le tapis (autrement dit enfouir les déchets) n’est pas la meilleure solution du monde. Pour éliminer ces ordures, le SDEDA, bras armé des collectivités pour l’élimination de nos poubelles, envisage la construction d’un incinérateur.

88 000 tonnes

C’est actuellement, la quantité des déchets à traiter qui s’élève à 88 000 tonnes. C’est beaucoup. C’est pourtant un chiffre qui diminue : -12 % en 7 ans selon les chiffres du SDEDA. A ce titre, l’Aube n’a rien d’un département à l’avant-garde de la réduction des déchets. Presque partout en France, nous produisons de moins en moins de déchets, avec parfois des baisses plus spectaculaires encore [1]

60 000 tonnes.

C’est la capacité prévue du futur incinérateur. Pourquoi 60 000 tonnes ? Pourquoi pas 88 000 ou 40 000 tonnes et même moins ? Officiellement, il n’y a pas la moindre explication. Il suffit pourtant de deux ou trois notions d’économie pour comprendre d’où sort ce chiffre. Pour un incinérateur, comme pour n’importe quelle infrastructure industrielle, il existe une sorte de masse critique, un seuil sous lequel, la construction de cette « usine » n’aurait pas la rentabilité escomptée compte tenu de l’investissement initial. On peut d’ailleurs remarquer qu’aucun incinérateur construit ces 20 dernières années n’a une capacité inférieure à ces 60 000 tonnes. L’affaire ne vaut pas le coup ! Évidemment, chacun peut facilement comprendre que si l’Aube se mettait à produire moins de 60 000 tonnes de déchets, l’incinérateur n’aurait économiquement plus de raison d’être.

2033

C’est l’année à laquelle, prolongeant simplement la baisse du tonnage constaté actuellement, l’Aube parviendrait sous la barre des 60 000 tonnes. 2033 peut sembler loin. En réalité, pour un investissement de cette nature, c’est demain. Il faut en effet savoir que ce four ne verra sans doute pas le jour avant 2020 et qu’il sera prévu pour une trentaine voir une quarantaine d’années ! Le calcul est simple. Sur 40 ans d’exploitation, ce four ne pourra compter, au mieux, que 13 ans de fonctionnement optimal. C’est peu. Bien trop peu pour sérieusement envisager une telle construction, sauf à vouloir cesser toute politique de tri, de recyclage, de méthanisation et réduction de nos déchets à la source...

290,9 kg/an/hab

C’est la quantité de déchets résiduels produits, chaque année, par chaque aubois. La performance est honorable. Elle n’a pourtant rien d’exceptionnel. Dans la communauté de communes des Portes d’Alsace, ces déchets ne représentaient que 87kg/an/hab en 2008. Ces résultats spectaculaires ont été possibles à travers une politique extrêmement volontariste passant, notamment, par la mise en place de la tarification incitative. Si nous parvenions à ce ratio, les aubois ne produiraient plus que 26 000 tonnes de déchets résiduels.

100 kg/an/hab

C’est, à la louche, ce que représentent les déchets fermentiscibles dans nos poubelles. Ces déchets ont une qualité. En se décomposant, ils produisent un gaz, le méthane qui, une fois brûlé pour nous fournir de la chaleur et de l’électricité. Voilà qui tombe bien puisque notre département se veut à l’avant-garde de la méthanisation avec la mise en place de la biogaz-vallée. Le potentiel est donc considérable (environ 30 000 tonnes). Compte tenu de l’intérêt énergétique que cela représente, une telle ressource ne mérite évidemment pas de finir dans un incinérateur.

76,8kg/an/hab

C’est la performance des aubois en matière de valorisation des déchets, tous matériaux confondus (acier, aluminium, briques,
cartons, flaconnages, plastiques, papiers et verre). Cela représente environ 23 000 tonnes, revendues pour être ré-injectées dans le circuit industriel comme matière première. Ce ne sont donc pas des déchets qui iront nourrir l’incinérateur. Mais nous pouvons faire mieux. D’une part, parce que ce chiffre stagne et même diminue depuis quelques années déjà. « L’année 2012 est marquée par une baisse de la valorisation
de 2,4 kg/habitant soit 3 % de moins qu’en 2011. », écrit le SDEDA dans son dernier rapport. D’autre part, parce que certains font nettement mieux que cette moyenne de 76,8kg/an/hab. Pas la peine d’aller chercher bien loin. Du côté, des Riceys ou d’Essoyes, on valorise presque deux fois plus de déchets (entre 140 et 150kg/an/hab) que la moyenne départementale. A l’inverse, dans le pays d’Othe et le Soulainois, le chiffre avoisine les 60kg/an/hab.
L’aubois moyen n’est pourtant pas moins écolo que le riceton du coin. Ainsi, si nous parvenions aux performances de nos amis du sud de l’Aube, nous réduirions nos déchets résiduels d’environ 20 000 tonnes/an !

40 000 tonnes

C’est la surcapacité actuelle des cinq incinérateurs les plus proches de l’Aube (Chaumont, Saint-Dizier, Chalons, Sens et Reims). Et si nous nous éloignons un peu plus, nous nous apercevons qu’il manque 10 000 tonnes à Dijon, 14 000 tonnes à Nancy, etc. Cette surcapacité ne devrait pas se réduire puisque partout en France, et particulièrement dans ces régions, la quantité de déchets tend à diminuer. Autrement dit, ces installations sont déjà ou vont devoir faire face à un problème de rentabilité et trouver, pour y répondre, de nouvelles sources de déchets.

Résumons  : Avec moins de 60 000 tonnes de déchets par an, l’installation d’un incinérateur n’aurait plus de raison d’être. D’une part parce que l’investissement initial serait trop lourd au regard des gains escomptés ; d’autre part parce qu’il existe, autour de notre département, des incinérateurs déjà sous-utilisés. Or, le potentiel de réduction de nos déchets est considérable. 30 000 tonnes de déchets fermentescibles, 20 000 tonnes si nous parvenions à mieux trier, et combien de milliers de tonnes grâce à la réduction de nos déchets à la source ? Il est en tout cas raisonnable d’imaginer que d’ici 15 à 20 ans, l’Aube ne produira plus ces 60 000 tonnes. Prétendre le contraire, c’est soit n’avoir aucune ambition environnementale, soit croire dans un monde du « toujours plus » qui est déjà mort, soit ignorer les réalités économiques et écologiques, celles notamment liées à la raréfaction des ressources naturelles.

La responsabilité de nos élus est donc posée. Car cet incinérateur ne sera ni construit maintenant, ni pour fonctionner 5 ou 10 ans. Il nous engage pour au moins 30, 40 ou 50 ans. Il s’agit donc d’y réfléchir à deux fois et de bien mesurer si, oui ou non, une telle installation sera encore utile dans 30 ou 40 ans.

Notes

[1En Vendée, entre 2007 et 2009, la quantité de déchets par habitant s’est réduite de 17 % (source : ministère du développement durable)

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Mis à jour le samedi 5 décembre 2015