Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Logo du site

Accueil > Environnement > Dans l’Aube, déchets et démocratie ne font pas bon ménage

Déchets : l’analyse du rapport de l’enquête publique (1er partie)

Dans l’Aube, déchets et démocratie ne font pas bon ménage

Décidé en catimini par nos élus, le projet d’un incinérateur vient d’obtenir l’avis favorable du commissaire-enquêteur, au terme d’une « enquête » critiquable sous bien des aspects.

Rappelons vite de quoi il s’agit. Actuellement, les déchets résiduels [1] finissent leurs jours à six pieds sous terre. L’enfouissement, plus couramment appelée la mise en décharge, n’est évidemment pas la solution la plus merveilleuse pour se débarrasser de nos ordures. C’est l’une des raisons pour laquelle notre département a décidé de revoir son plan d’élimination des déchets.

Un incinérateur décidé sur un coin de table

Discrètement, une poignée d’élus ont décidé d’implanter un incinérateur. Le premier scandale est là. Car cette décision a été prise, en octobre 2012, de la manière la plus opaque qu’il soit. A ma connaissance, aucune des collectivités concernées n’a jamais débattu de ce projet et encore moins voté formellement pour celui-ci. Les méandres de la politique sont si impénétrables que, bon gré, mal gré, nous voilà avec un incinérateur sur les bras, sans que jamais un seul élu n’ai eu le courage d’en soumettre l’idée à ses électeurs... A ce propos, ce processus est un exemple éloquent des dérives du mille-feuilles administratif. Qui s’occupe aujourd’hui des déchets ? A vrai dire, un peu tout le monde : les communes, les agglomérations, le département et cet obscure syndicat mixte qu’est le SDEDA [2]. Au final, la dilution des responsabilités conduit à l’irresponsabilité de tous. Et cet incinérateur a, pour ainsi dire, été décidé sur un coin de table par quelques élus inconnus siégeant au sein d’un organisme (le SDEDA) que personne ne connaît vraiment.

Une vaste Enquête Publique qui attire... deux observations !

Conformément à la loi, une enquête d’utilité publique a quand même été menée ces derniers mois. Non pas sur le projet d’incinérateur (la chose serait trop simple) mais sur le projet de PDPGDND [3] (sic) !!! En somme, il s’agissait de noyer le poisson en lançant une enquête autour d’un Plan imbuvable dans lequel se cachait l’objet principal : l’incinérateur... Le deuxième scandale réside donc dans la manière dont a été conduite cette enquête. Évidemment, le commissaire-enquêteur, qui est un homme aimable, a rendu un avis favorable. Dans ce genre d’affaire, l’inverse est rarissime... Mais là où la situation devient cocasse, c’est lorsqu’on s’aperçoit que notre ami n’a reçu, de la part des habitants de l’Aube, que 2 observations ! 2 observations sur 300 000 habitants, dont une est hors sujet, avouons que cela ne fait pas tripette ! Avouons que cela fait un peu léger pour rendre un avis étayé et représentatif de l’opinion générale.
Lucide, notre brave camarade reconnaît d’ailleurs que « le public ne s’est pas déplacé pour s’informer, questionner ou adresser ses observations. Comme à chaque fois en la circonstance, nous ne saurons pas s’il est passé à côté de l’information, ou s’il s’est désintéressé de cette Enquête Publique. Les annonces officielles dans la presse comme les affichages en mairies ne sont guère lues. ». [4]
Ceci dit, notre homme est sacrément naïf... Comment peut-il sérieusement penser que 300 000 aubois se désintéressent de ce sujet ? Il est aussi bien gentil lorsque, simplement, il regrette qu’un courrier n’ait pas été envoyé à chaque aubois... Car le problème va bien au delà de quelques timbres à 3 francs.

Le commissaire-enquêteur ne disposait même pas d’une adresse mail

Effectivement, le mode de communication est dépassé. Dans les années 80, un entre-filet dans les colonnes de Chapi-Chapo et quelques affiches sur les mairies pouvaient avoir du sens. Mais, comment, aujourd’hui, à l’heure des smartphones, d’Internet, des réseaux sociaux, peut-on se contenter de cela ? Ne soyons pas naïfs. De fait, les élus de Conseil Général ont sciemment choisi cette communication surannée, finalement bien pratique pour éviter toute polémique et ne pas avoir à répondre aux vilains opposants. A titre d’exemple particulièrement éclairant, il était impossible d’adresser un avis à ce commissaire-enquêteur par un simple mail !! L’encre, la plume d’oie et le pigeon-voyageur étaient, grosso-modo, les seuls moyens de participer à cette enquête... Cela en dit long sur la mauvaise volonté de nos responsables pour rendre ce débat vivant... Mais au delà, qui peut croire qu’un enquêteur pour un département comme l’Aube et ses 300 000 habitants puisse suffire ? Qui peut croire qu’une permanence d’une heure ici, d’une heure là-bas, en pleine semaine, puisse permettre à chacun de donner son avis ? Qui peut croire que c’est en attendant tranquillement derrière son bureau que l’on peut se forger une opinion sur un sujet si grave ? A cet égard, rappelons que notre homme est qualifié « d’enquêteur ». Et que fait un enquêteur ? bah, il enquête, ma bonne dame ! C’est à dire que notre brave monsieur aurait du, non seulement visiter les actuels lieux de stockage comme il l’a fait, mais aussi et surtout aller chercher là où se trouvent les opinions divergentes. Etait-ce difficile ? Oh mon Dieu... Une simple recherche sur Internet, en deux ou trois minutes, lui aurait permis d’entrer en contact avec celles et ceux qui peuvent s’opposer à ce projet.

Au passage, souvenons-nous qu’une commission de concertation avait été créée, sur ce sujet, le 28 mars 2013 par la président du SDEDA, Danièle Boëglin. Commission que j’avais qualifiée sur auboisementcorrect de « lowcost de la démocratie ». Les faits m’ont, semble-t-il donné raison. Qu’a dit cette commission sur ce rapport ? Quel avis a-t-elle donné ? On n’en sait strictement rien.

Dès lors, la pertinence de ce rapport tombe à l’eau. Avec une seule et unique contribution publique valable pour 300 000 habitants, le commissaire-enquêteur devait logiquement conclure à l’échec de cette enquête et, par conséquent, émettre un avis négatif. Car en ne faisant reposer son jugement que sur les seuls avis des collectivités qui sont juges et parties, notre commissaire ne pouvait pas se forger une opinion éclairée.

Notes

[1Grosso-modo ceux qui ne sont pas recyclés

[2Syndicat Départemental d’Elimination des Déchets de l’Aube

[3Plan Départemental de Prévention et de Gestion des Déchets Non Dangereux

[4Rapport d’Enquête, p.47

Répondre à cet article | Article au format PDF

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • Se connecter
Votre message
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

SPIP 3.0.20 [22255] | Squelette BeeSpip v.

Mis à jour le samedi 5 décembre 2015