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Accueil > Politique > EELV : ci-gît la coopérative de l’écologie...

EELV : ci-gît la coopérative de l’écologie...

Verra-t-on bientôt cette épitaphe : « ci-gît la coopérative de l’écologie  » ? En tout cas, il faut reconnaître que la coopérative de l’écologie a du plomb dans l’aile.

Pourtant, l’idée était belle... Au côté ou autour du parti politique, EELV, il s’agissait de créer un outil plus souple, moins contraignant permettant à chacun de participer au développement de l’écologie. Un outil qui n’était pas un parti politique et dans lequel chacun était le bienvenu. Dans la coopérative, libre à chacun d’être un militant politique... ou pas. Libre à chacun d’être membre d’EELV, du PS, du Front de Gauche, de l’UMP, du MoDem ou de rien du tout ! Car l’esprit de la coopérative était celui-là : proposer un espace écologiste qui dépasse les clivages politiques.

Une belle idée donc. Mais une idée qui s’est vite heurté aux pesanteurs et aux vieilles habitudes de l’appareil politique d’EELV. Difficile pour les militants et les responsables locaux d’admettre qu’un pékin moyen, venu d’on ne sait où, puisse se dire écologiste et puisse influer sur la vie d’un groupe politique sans y appartenir. Difficile, chez les responsables d’EELV d’imaginer ses inconnus, ses électrons-libres, pouvoir l’ouvrir, exprimer des opinions différentes et ne pas être tenu par une quelconque règle contraignante. Car par exemple, un coopérateur lambda pourrait parfaitement participer à cette coopérative et soutenir, par ailleurs, un candidat d’un autre parti politique.

Une coopérative au point mort, victime d’un malentendu

Résultat, la coopérative est aujourd’hui au point mort. Au point mort car elle repose, aussi et surtout sur un malentendu. D’un côté, la coopérative se veut être un espace ouvert, non contraignant, sans les lourds engagements des structures existantes. De l’autre, les responsables d’EELV ont souhaité que cette coopérative ait ses statuts, son mode d’adhésion, ses règles, ses contraintes... autant d’éléments parfaitement contradictoires avec l’esprit initiale. Imaginez par exemple Mr Dupont, écologiste. Il refuse pour des raisons personnels d’adhérer à un parti (d’ailleurs, il est peut-être déjà membre d’un autre parti politique). Mais il veut faire de l’écologie. Il veut participer à la pollinisation des idées vertes, comprendre ce que font les élus d’EELV, apporter ses idées, échanger avec ses pairs... La coopérative, dans l’esprit, devrait lui convenir. Oui mais voilà, on lui explique qu’il faut adhérer, s’organiser, rédiger des statuts, se démerder pour trouver une salle, mettre la main sur un listing de coopérateurs et discuter avec ses petits copains coopérateurs. Bref, on lui propose de faire ou refaire ce que justement il ne veut pas faire ! On lui explique aussi (cas réel) que certaines réunions d’EELV ne lui sont pas ouvertes, car on y parlera politique. Certes, on l’invite bien à des conférences, des événements organisés par EELV, mais jamais on ne lui demande son avis, jamais on le pense à l’associer à ce quotidien de l’écologie. En gros, le coopérateur n’est qu’un sympathisant. Un nom sur un listing qui, espère-t-on, permettra de remplir les salles. Il en vient à contester ce fonctionnement ? A réclamer de pouvoir davantage participer ? On lui répond qu’il n’a qu’à organiser la coopérative ou adhérer à EELV ! Deux choses qu’il ne veut justement pas faire.

En somme, vous ne pouvez pas espérer attirer vers vous des personnes qui refusent la rigidité d’une structure en leur proposant de participer à une structure rigide.

La coopérative : structure ou réseau ?

En vérité, pour réussir le pari de la coopérative, il était nécessaire de profondément changer nos représentations sur les modes d’organisations et de structures. Les responsables d’EELV ont pensé la coopérative comme un objet plus ou moins indépendant du parti avec lequel il devait entretenir des relations plus ou moins denses. Imaginée comme telle, la coopérative ne faisait que reproduire le fonctionnement de n’importe quelle autre organisation (association, parti politique...).

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La coopérative telle que EELV la voit : une structure de plus

La coopérative n’a pas besoin d’exister. En tout cas, elle n’a pas besoin de structures juridiques ou d’organisations spécifiques pour être une réalité. La coopérative n’est que la somme des coopérateurs, qu’ils soient adhérents d’ici, d’ailleurs ou de nulle part. EELV (le parti politique) en est indiscutablement le pivot. Mais juste le pivot, c’est à dire l’élément autour duquel gravite les différentes composantes de cette nébuleuse. A EELV donc d’organiser la bonne marche de cette coopérative, d’en assurer la vie et de faciliter les interactions entre tous les coopérateurs. Tout comme le numéro 10 oriente le jeu d’une équipe de foot, EELV à cette charge d’animer cette coopérative vers un but collectif et partagé.

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La coopérative telle qu’elle devrait être : un réseau

Pour être honnête, je n’invente rien. Les statuts d’EELV ont, depuis leur mise en place, toujours porté cette idée. Mais hélas, ils n’ont jamais été vraiment appliqués. L’article 10 est à ce titre éloquent (j’ai mis en gras les passages clés) :

ARTICLE 10 : Le Réseau local regroupe les adhérent/es et les coopérateurs/trices de EUROPE ÉCOLOGIE LES VERTS. Le Réseau local est la structure de débat et de rassemblement de base de EUROPE ÉCOLOGIE LES VERTS et dispose des pouvoirs d’initiative et de représentation à son niveau.
Il organise l’action locale, les campagnes du mouvement, les initiatives politiques locales. Le Réseau est chargé d’assurer localement l’unité d’action de EUROPE ÉCOLOGIE LES VERTS.

Le Réseau local réunit les adhérent/es et les coopérateurs/trices au moins une fois par an. Ceux-ci fixent les objectifs du Réseau, coordonnent l’activité et élisent ou désignent, selon les modalités de leur choix, une équipe d’animation. Le Réseau est également le lieu de l’organisation des
tâches militantes, notamment sur proposition des tâches militantes décidées par les Maisons de l’écologie et du Groupe local durant notamment les campagnes électorales.

La solution réside peut-être dans la simple application d’un article d’EELV

A ma connaissance, ce réseau local, « structure de débat et de rassemblement de base d’EELV » n’a jamais été réuni. S’il l’était, s’il devenait la structure de base qu’il devrait être, alors, à n’en pas douter, la question de la coopérative serait réglée et les coopérateurs auraient leur place.

Voir en ligne : A lire également : l’article de Philippe Ladame sur Citron-Vert.info

13 Messages

  • EELV : ci-gît la coopérative de l’écologie... , par JR
    Le 27 août 2012 à 17:06

    L’idée du réseau est très simple et la proposition de l’application de l’article 10 est une bonne solution. Cependant, dans les textes fondateurs EELV, il existe d’autres éléments qui sèment le trouble. Le montage d’une Agora, le fait que les coopérateurs sont appelés à désigner le candidat à la présidentielle suppose un statut du coopérateur.

    Finalement, la coopérative et le réseau local sont ils deux choses différentes, et on n’aurait finalement pas besoin de la coopérative ? L’application de l’article 10 ne peut suffire, mais l’expérimentation est nécessaire en tout les cas.

  • EELV : ci-gît la coopérative de l’écologie... , par Pascal Houplon
    Le 28 août 2012 à 12:24

    Oui, je crois que la coopérative et le réseau local sont deux choses identiques. D’ailleurs, me semble-t-il, les statuts n’évoque pas la coopérative mais parle du "réseau coopératif". Ce qui semble signifier qu’il faut raisonner en terme de réseau, de liens, d’interactions, plutôt qu’en terme de structures.

    Faut-il un statut au coopérateur ? Sur ce sujet, il me semble que la signature de la charte suffit. Le coopérateur est simplement quelqu’un qui partage les valeurs de l’écologie et veut apporter sa pierre à l’édifice. Les statuts d’EELV sont d’ailleurs suffisamment précis sur ce que peut faire ou ne pas faire un coopérateur. Et n’oublions pas que le coopérateur peut être membres d’autres structures (assoc, parti politique...). Il ne faudrait pas que d’éventuels statuts du coopérateur viennent en contradiction avec les organisations dont il est membre. En tout cas, la réponse d’éventuels statuts doit venir des coopérateurs eux-mêmes. Veulent-ils des statuts ? Lesquels ? Pourquoi ?

    Avant d’être coopérateur, j’ai été plusieurs années Porte Parole du Groupe local des Verts. Et force est de constater que finalement, EELV fonctionne exactement de la même manière que fonctionnaient les Verts. On a fait plus de la même chose. On a réinventait l’eau chaude, ici, un parti politique comme un autre. Or, cet article 10 avait l’intérêt d’ouvrir le fonctionnement local, de contraindre les appareils politiques locaux à écouter et prendre en compte les voix extérieurs. Dans la théorie des systèmes (cf Edgard Morin), on considère qu’un système fermé fini par disparaître. Au contraire, un système ouvert, reçoit l’énergie nécessaire à son développement et son équilibre. C’est cette idée que permet l’article 10 : créer les conditions pour que le système (ici le réseau local), soit ouvert donc en capacité de se développer.

    Dernier élément : je crois beaucoup à cette idée :"solutions locales pour un désordre global". Ici, l’article 10 apporterait une solution locale en capacité, je le crois de dénouer le désordre global et les difficultés que traverse EELV.

  • EELV : ci-gît la coopérative de l’écologie... , par JR
    Le 28 août 2012 à 16:26

    "Les coopérateurs veulent ils des statuts ?"

    Sans vouloir répondre à leur place, je dirais que si on demande cela à des gens réfractaires à toute autorité, ils risquent de répondre non. Cependant, il faut quelques règles, à savoir :
    - la signature d’une charte est elle LA condition nécessaire et suffisante ?
    - la présence au réunion, le paiement d’une cotisation (nécessaire il me semble pour participer aux primaires) sont elles des infractions à la règle

    Pour le reste du statut (droit de vote, participation aux débats), je me demande si le fonctionnement peut-être défini défini dans les statuts et le réglement intérieur du Groupe Local. Car finalement, il ne s’agit peut-être que de celà, comment on fait accepter les nouvelles règles dans les vieilles institutions des Verts.

    Assez d’accord avec vous pour dire que rien n’a vraiment changé dans les "institutions" internes, et qu’il faut agir local pour faire bouger tout ça.

  • EELV : ci-gît la coopérative de l’écologie... , par Pascal Houplon
    Le 30 août 2012 à 11:46

    @ JR

    Oui, la charte est là. Cela représente le minimum : adhérer à certaines valeurs. Sinon je vous rejoins volontiers sur l’idée que si un fonctionnement peut être défini, il doit l’être à l’échelle locale qui est bien suffisante et qui devrait être le point de départ.

  • EELV : ci-gît la coopérative de l’écologie... , par Christian
    Le 6 septembre 2012 à 22:41

    bonjour à tous, je suis tombé par hasard sur ce blog [au demeurant, très intéressant... :-) ] lors de mes recherches (pour d’autres raisons, mais) ayant rapport avec les statuts eelv... je suis assez d’accord avec ce qui a été dit juste au dessus... je rajouterai juste que si l’on veut intéresser un max de personnes, il faudra faire assez simple... Je pense que vous avez commencé à faire germer une idée (toute bête et évidente), intégrer dans les statuts et le réglement intérieur du Groupe Local, l’idée de la reconnaissance totale des coopérateurs ainsii que la possibilité du droit de vote.. Nécessaire est donc la présence dun ou plusieurs délégué(s) à la coopérative au sein du CPR voire me du Bureau Exécutif Régional.. Ces délégués doivent pouvoir voter pour des décisosns importantes structurelles..C’est évident pour que la mutation s’opère... et encore d’accord sur le fait, "qu’il faut agir local pour faire bouger tout ça." et faire pression sur le fonctionnement archaïque des verts historiques.. Je suis membre du cpr en picardie et rencontre (suis pas le seul !!!...) ces difficultés actuellement...

    je garde en favori ce blog et espère pouvoir continuer à échanger avec vous sur le sujet... Je me sens un peu seul en ce moment sur le sujet malgré que nous échangions entre le peu de membres du groupe local situé à st quentin/thiérache.. @ + tard

  • EELV : ci-gît la coopérative de l’écologie... , par Pascal Houplon
    Le 30 octobre 2012 à 17:30

    Merci, avec le plaisir de vous relire

  • EELV : ci-gît la coopérative de l’écologie... , par Dole Ecologie
    Le 12 septembre 2012 à 16:55

    D’accord avec le début, l’idée était belle : il s’agissait d’ouvrir EE à la société civile. Hélas, on demande aux coopérateurs d’œuvrer pour EELV alors alors qu’ils ne s’y sentent pas attirés.
    L’idée d’une coopérative autonome (présentée à Poitiers fin Août) était de dépasser cette contradiction : réunir toutes les personnes se sentant une affinité avec l’écologie (pas seulement EELV -qui s’est réduit aux Verts-) de s’engager dans des projets citoyens.
    Dire que je suis content que le projet présenté à Poitiers ait échoué, c’est exagéré mais c’est le seul moyen qu’une Coopérative écolo puisse naître : ne pas avoir les mains liées. L’échec était même envisagé depuis le début puisqu’on connaissait la contradiction irréductible de départ. Il fallait quand même essayer, que les décideurs d’EELV auraient l’esprit ouvert, mais ce ne fut pas le cas.
    Et enfin, faut pas rêver, être coopérateur tel que défini à l’article 10, c’est être un acteur de seconde zone, juste bon à installer les chaises et faire la vaisselle -pardon, distribuer des tracts et faire nombrer dans les manifs. Qui accepterait cela ?
    Pour nous, l’écologie c’est s’impliquer dans l’évolution de la société en démarrant des projets écolos alternatifs : économies d’énergie et énergies renouvelables, économie circulaire (à petite échelle, restons modestes au départ), agriculture et maraîchage écologique, solidarité citoyenne (matériel et compétences à partager, etc.). Etc, etc.
    Allez faire un tour sur http://www.ecolocoop.net, ça repart par là, avec des EELV et des pas-EELV. Et NON, la coopérative écologiste n’est pas morte.
    Notre site d’info (dans l’esprit coopérateur) : http://www.lavieduboncote.info

  • EELV : ci-gît la coopérative de l’écologie... , par Olivier Blond
    Le 12 septembre 2012 à 17:59

    Vous dites :
    "La coopérative n’a pas besoin d’exister. En tout cas, elle n’a pas besoin de structures juridiques ou d’organisations spécifiques pour être une réalité."
    Dans ce cas, la coopérative écologiste est inexistante depuis aussi longtemps que l’écologie est visible en France. C’est bien là le problème !
    Pour coopérer, il faut de l’organisation et savoir que les uns et les autres existent, s’inspirer de leurs plus belles actions.

  • EELV : ci-gît la coopérative de l’écologie... , par Jean-Marc Massin
    Le 26 février 2015 à 11:43

    Je lis ce texte avec plusieurs mois de délais, et je constate que certains découvrent enfin que ce que nous avions mis en place chez les verts-Aube avec un simple réseau de sympathisants ne fonctionnait pas chez EELV avec une forme plus structurée...
    Ce qui compte, ce n’est pas la dénomination, c’est l’esprit.
    C’est bien beau d’avoir prétendu que les Verts n’étaient pas assez ouverts, pour finir par donner une image encore plus politicienne...
    Localement, on a assisté à un appauvrissement de l’engagement écologiste depuis que le discours et la communication ont pris le pas sur la coopération et l’action.

    Jean-Marc Massin

  • EELV : ci-gît la coopérative de l’écologie... , par PH
    Le 26 février 2015 à 15:48

    Je t’accorde volontiers qu’EELV n’est pas plus ouvert que ne l’étaient les Verts. D’ailleurs, très vite, tout cela s’est dégonflé et EELV est revenu à la même audience négligeable que les Verts. Les mêmes causes ont produit les mêmes effets. Le nom a changé, les résultats, les formes, l’esprit clanique et partisan ont repris le dessus.

    Je ne suis pas certain, pour autant qu’il y ait eu "appauvrissement" au niveau local. Aux élections départementales, les candidats "écolos" sont présents, pas toujours sous l’étiquette "verte". Tout cela avance de manière dispersée : du Fdg à l’UDI... un intéressant "Arc en Ciel" existe et témoigne de la difficulté pour l’écologie de s’inscrire dans le schéma politique normal.

    Néanmoins, on peut regretter que cette idée de coopérative n’ait pas pu aboutir. Aujourd’hui, avec le recul, je pense que les responsables politiques (qu’ils soient locaux ou nationaux) ne peuvent pas penser un mode d’organisation si différent (ils ont intellectuellement la mauvaise manie de toujours faire et refaire ce qu’ils connaissent) ou ne veulent pas d’une coopérative forcément incontrôlable.

    Je pense que cette coopérative était la meilleure (la seule) idée d’Europe-Ecologie. Voilà qui était un vrai renouvellement des pratiques politiques. Localement, on le voit, cette idée "coopérative" pouvait fort bien être incarnée par un Dominique Deharbe à Nouvelle Donne jusqu’à une Christine Thomas aux côtés d’un UDI. Localement, on aurait bien pu imaginer une "labellisation écolo" de ces candidatures. Une belle occasion de rater.

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Mis à jour le samedi 5 décembre 2015