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L’écologie poltique et son éternel complexe d’infériorité.

L’écologie est-elle de Gauche, de Droite ou d’ailleurs ? C’est la question, vieille comme les Verts, éternel marronnier des discussions militantes, que se sont posées les militants d’EELV rassemblés à Bordeaux.

Déjà, avec un tel public (je fais abstraction des intervenants extérieurs à EELV comme Yann Wehrling ou Pascal Durand), on peut prévoir que la réponse aussi certainement qu’une crise d’acné chez un adolescent pré-pubère. L’écologie, dira-t-on, est de Gauche, forcément de Gauche, aussi sûrement de Gauche qu’un Mélenchoniste élevé sous le sein de Karl Marx.

En vérité, posée ainsi, dans le contexte franchouillard de notre système politique, cette question est un piège parce qu’elle induit un comportement manichéen. En gros, puisque l’écologie est de Gauche, nos alliances, nous disent les grands esprits Verts, sont exclusivement à Gauche. Il faudra même préférer des postures gauchisantes et des yeux de velours à Mélenchon pour faire oublier ce soupçon de « droititude » souvent agité dans les instances mêmes d’EELV. C’est dans ce piège que tombent et retombent sans cesse les militants et responsables d’EELV. « Prononcez 10 fois le mot de Sarkozy et vous provoquerez l’orgasme des militants » disait Nicolas Hulot, écoeuré par ces postures ridicules. Postures non seulement ridicules mais suicidaires, car la peur perpétuel du procès en « droititude » conduit les Verts à refuser de comprendre que l’écologie se gagne ailleurs, dans toute la société, qu’elle soit de Droite, du Centre ou de Gauche. Cette mauvaise conscience d’être une pièce rapportée à la famille progressiste, cette preuve de radicalité que les écologistes croient devoir constamment apporter à la Gauche, conduisent ceux-ci a toujours pratiquer la surenchère. Ainsi, ces forces poussent EELV a toujours pencher à Gauche comme pour donner les gages de bonnes conduites aux inquisiteurs de la pensée marxiste.

Je le répète, il n’est pas question pour moi de débattre pour savoir où placer les écologistes. De facto, EELV penche à Gauche, pour certains très à Gauche. De facto également, des écologistes, aussi compétents et reconnus que Hulot, Jouanno ou Wehrling penchent, eux, au Centre voire à Droite. On pourra philosopher mille heures durant pour savoir où placer l’écologie, la seule, la vraie, la pure, à titre personnel, je m’en balance un peu. L’important n’est pas là.

L’important, pour moi, est de savoir avec qui les écologistes, non pas doivent, mais peuvent travailler. Pour mes amis d’EELV, la cause est entendue. Parce que l’écologie serait à Gauche, les écologistes doivent, comme une évidence quasi-génétique, s’allier à la Gauche. Allez hop ! la logique est impérative, presque indiscutable sauf à passer pour un agent des forces capitalistes. Ce n’est pourtant pas la mienne. Ailleurs en Europe, les écologistes travaillent parfois avec les partis conservateurs sans pour autant perdre leur âme. En France, à Troyes singulièrement, le PS administre le Grand Troyes aux côtés de l’UMP sans que cela ne turlupine grand monde, sans donner mauvaise conscience à Olivier Girardin ou Jean-Jacques Arnaud. Les écologistes qui n’ont pour moi pas vocation à toujours être le sous-traitant verts des partis de Gauche, peuvent donc parfaitement travailler, si ce n’est s’allier à des partis du Centre-Droit ou de Droite. Cette possibilité qui n’en est qu’une parmi d’autres, est importante à considérer. En effet, en suivant la ligne actuelle, celle du tropisme mélenchoniste, les écologistes réduisent peu à peu leur base électorale. Comment des écologistes « modérés », comme moi, peuvent-ils se reconnaître dans le discours tenu par Cécile Duflot et ses amis ? Car, Céline Bracq [1] l’expliquait récemment, l’électorat écologistes est l’un des plus différent de la base militante. Dit autrement, quand les militants et responsables penchent à Gauche, ils s’éloignent d’un électorat nettement plus centriste et modéré. Le succès de Cohn-Bendit aux européennes de 2009 et l’échec, trois ans après, d’Eva Joly à l’élection présidentielle, illustre ce malentendu.

Ainsi, tant que mes amis n’auront pas dépassé cette question de leur positionnement, tant qu’ils ne seront pas convaincus que le paradigme écologique suffit à faire d’EELV une force politique qui n’a aucune leçon à recevoir des vieux partis de Gauche, ils seront constamment ramenés à la portion congrue de leur base électorale, sous les 10%. Le jour où, ne désespérons pas, ils sortiront de l’adolescence et de ce complexe d’infériorité qu’ils nourrissent, alors ils pourront enfin et sérieusement peser. Hélas, les derniers remous politiques n’en montrent pas le chemin.

Notes

[1directrice de l’institut d’études Odoxa

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Mis à jour le samedi 5 décembre 2015