Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Logo du site

Accueil > La ville > La Bourse du Travail se casse la gueule et la Gauche avec elle

La Bourse du Travail se casse la gueule et la Gauche avec elle

La gôgôche exulte, au son du « j’vous l’avais bien dit ! ». Dans l’étonnement d’avoir pour une fois raison, elle cache à peine son bonheur de voir l’affreux projet capitaliste porte par Altaréa puis Frey se casser la gueule. Elle est comme ça, la gôgôche : heureuse de voir se planter les projets de droite à défaut d’avoir elle-même des idées progressistes à proposer.

Car que propose cette gauche ? Rien ou plutôt des idées aux apparences trompeuses qui, lorsqu’on les regarde de plus près, nourriront les replis identitaires. Concrètement, ces élus si bien pensants voudraient faire de la Bourse : « un lieu culturel où des artisans d’art travailleraient devant les gens... » !! En somme, un atelier de poterie, un club de macramé, une galerie d’art devant lesquels les bobos viendront s’extasier. Ce pseudo-projet est mauvais, très mauvais, infiniment plus mauvais que celui du groupe Frey qui, pour le coup, avait de nombreuses vertus.

A cet égard, ce débat nous montre à quel point la Gauche a perdu ce que Bouvet nomme « le sens du peuple ». Elle excelle à défendre l’intérêt particulier d’un électorat protégé des évolutions socio-culturelles des dernières années mais oublie totalement ce peuple tout entier qui, loin des centres, accuse le coup d’une crise globale inédite.

Le constat : l’étalement urbain

Car derrière ce sujet, il y a d’abord et surtout la question de l’urbanisme que nous voulons. Partons du constat. Depuis plusieurs années, on assiste à un processus inquiétant, celui de l’étalement urbain et de la périurbanisation. Concrètement, les zones pavillonnaires s’étendent au fur et à mesure qu’apparaissent les grandes zones commerciales qui, elles-mêmes, se nourrissent de cette folie pavillonnaire. Ce phénomène s’accomplit dans une démographie atone et conduit donc, lentement mais sûrement, les populations et les commerces à se déplacer des centres vers les périphéries. Ce processus a évidemment des conséquences sur un projet comme celui de la Bourse du Travail [1]

On peut s’en satisfaire et considérer que le modèle « supermarché-pavillon-monospace » est celui du 21e siècle. Mais on peut aussi, c’est mon cas, vouloir un autre modèle d’urbanisme. Car le mouvement actuel porte en lui des effets dangereux. Du point de vue environnemental, il conduit non seulement à l’artificialisation des sols, à la stérilisation de terres agricoles, mais aussi à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. D’un point de vue social et culturel, cette « périphérisation » [2] de la ville bouleverse notre modèle de vie bien plus qu’on ne l’imagine. Le mélange des fonctions, la proximité des lieux de vie qui faisaient le propre de l’urbanité, sont remplacés par des espaces hyperspécialisés. Chacun vit chez soi, sans connaître ni son voisin caché derrière les tuyas, ni le petit commerçant qui n’existe plus. Les solidarités quotidiennes se délitent au profit d’un repli identitaire qui fait le bonheur des esprits les plus réactionnaires.

La Droite schizophrène

Une fois ce constat fait, revenons sur le sujet de la Bourse du Travail et analysons ce que proposent les grandes forces politiques locales.
La Droite nous a pondu le projet Frey. Sur le papier, le projet était séduisant. Il allait même dans le bon sens. Il mélangeait en effet les différentes fonctions qui font l’urbanité : services, commerces et logements. On peut bien sur contester le standing des logements proposés, mais l’esprit global, rompant avec l’hyperspécialisation actuelle, renouant avec la mixité fonctionnelle, était assurément le bon. Malheureusement, les responsables de la droite locale sont schizophrènes, défendant ici un modèle d’urbanisme équilibré, et développant, partout ailleurs, cette funeste « périphérisation ». On ne peut évidemment pas avoir le beurre et l’argent du beurre. A fortiori, dans le contexte économique actuel, dans l’atonie démographique du département, on ne peut pas à la fois développer d’immenses zones pavillonnaires et faire revenir les classes moyennes dans le Centre-Ville et dans des logements hors de prix. On ne peut pas davantage soutenir l’ouverture de centres commerciaux comme celui de Saint-Parres aux Tertres, tout en souhaitant voir s’implanter de grandes enseignes dans la Bourse du Travail. Pour tout dire, cette schizophrénie démontre l’absence d’une réflexion globale sur le modèle urbain que nos élus souhaitent voir émerger. Sans modèle précis, sans but clairement défini, la puissance publique se condamne à l’impuissance et à cette anarchie qui prévaut aujourd’hui dans le développement de l’agglomération.

La Gauche complice

A Gauche, c’est encore pire. Pas question de remettre en cause ce processus incontrôlé conduisant au repli identitaire. Au contraire, la Gauche, par ses propositions, fonce tête baissée dans le mur de la réaction. Transformer la Bourse en « un lieu culturel où des artisans d’art travailleraient devant les gens... », équivaut, osons la comparaison, à créer un joli zoo pour les bobos socialistes où ces derniers viendraient s’extasier devant le talent d’une espèce en voie de disparition. Le Centre-Ville tendrait (et c’est déjà en parti le cas) à devenir un vaste musée réservé aux loisirs d’une élite soit disant progressiste qui, aujourd’hui, constitue le noyau dur des militants et des électeurs de la Gauche. La Gauche nourrit son électorat et pratique, disons-le, le clientélisme. Mais elle se désintéresse définitivement, d’un peuple tout juste bon à vivre dans des lotissements, à traîner dans les centres commerciaux et à voter FN. Car ce que propose la Gauche, accessoirement aussi mes amis écologistes, n’est ni de la politique, ni de l’urbanisme raisonné. C’est Disneyland pour bobo. C’est la culture d’une minorité protégée pour elle-même. C’est la poursuite de ce lent mouvement de désintégration de l’urbanité. Bref, c’est la politique de la Droite emballé dans les beaux habits de la culture... Le grand malheur est que cette Gauche semble désormais prisonniers de cette logique. Qu’ont-ils proposé successivement pour cette Bourse ? D’en faire un musée de la bonneterie, d’en faire l’office du tourisme (la moins mauvaise idée), d’en faire une salle de spectacle, d’en faire un lieu culturel... mais jamais d’imaginer la mixité fonctionnelle du lieu et le retour des familles riches ou moins riches. Ont-ils profité de ce sujet pour dénoncer le développement des centres commerciaux périphériques ? Jamais. A l’inverse, ils n’ont pas eu de mots assez durs pour démolir le projet commercial de la Bourse, pourtant mille fois plus humain et écologique que le begreen de Saint-Parres aux Tertres.

A bien des égards, la question de l’avenir de la Bourse du Travail illustre l’impasse où se trouvent les forces politiques traditionnelles. L’obsession de l’immédiateté et du court-terme, l’entre-soi des militants politiques interdisent désormais à nos responsables d’entrevoir le déchirement social qui s’opère. Ainsi, l’échec du groupe Frey dont se réjouit la Gauche illustre avant tout l’échec des politiques d’urbanisme dont Gauche et Droite sont les responsables.

Notes

[1Et demain, celui du quartier de la Gare

[2Affreux néologisme qui s’appuie sur les idées développées par Christophe Guilluy dans son ouvrage "La France des périphéries" où il met en avant ce mouvement de périurbanisation et de décomposition de la société française.

Répondre à cet article | Article au format PDF

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • Se connecter
Votre message
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

SPIP 3.0.20 [22255] | Squelette BeeSpip v.

Mis à jour le samedi 5 décembre 2015