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Accueil > Environnement > La directive Nitrates dans l’Aube : 20 ans d’incurie collective.

La directive Nitrates dans l’Aube : 20 ans d’incurie collective.

Par deux fois, les agriculteurs aubois ont manifesté de manière spectaculaire contre la directive « Nitrate ». Par deux fois, il ont dit refuser cette directive, prévue de très, très longue date pour réduire, enfin, la pollution de nos eaux et de nos rivières. Par deux fois, ces manifestations ont montré l’hypocrisie générale et le manque de courage des responsables syndicaux et politiques.

Pour parfaitement comprendre tout cela, il est nécessaire de procéder à quelques rappels.

La France au ban de l’Europe en matière de pollution des eaux.

Tout d’abord, il faut savoir que la France est un mauvais, un très mauvais élève en matière de pollution des eaux. Les nitrates y sont plus présents que partout ailleurs. Régulièrement, notre beau pays fait l’objet de sévère remontrance de la part de l’UE pour le non-respect des règles qu’elle a elle-même votées ! A tel point que la France a été condamnée en juin dernier par la Cour Européenne de Justice. L’affaire ne date pas d’hier puisque ces critiques nous sont faites depuis... 1991 !

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Si la pollution aux nitrates est particulièrement visible en Bretagne (les fameuses algues vertes), notre département n’échappe pas, loin de là, à ce problème. C’est même l’un des départements les plus pollués de l’hexagone. Inutile de dire qu’ici, plus qu’ailleurs, la réduction de cette pollution est indispensable.

La procrastination pour seul horizon politique

Malheureusement, nos élus jouent un jeu dangereux sur ce sujet. Plus clairement, au nom d’une démagogie électorale à la p’tite semaine, ils ont choisi, depuis 20 ans, de ne rien faire. Ils ont choisi de reporter, d’années en années les mesures nécessaires ou de les vider de leurs substances. Pire, ils ont décidé de laisser croire à nos agriculteurs que ceux-ci pourraient, presque indéfiniment, s’abstenir d’appliquer cette fameuse directive Nitrates. C’est ainsi qu’en 2008, Robert Galley déclarait aux agriculteurs, dans une réunion publique consacrée à la qualité des eaux : « l’objectif fixé d’un « bon état écologique » ne pourra être atteint […] des dérogations seront données ». Voilà, à l’époque, une bien étrange manière d’inciter les différents acteurs à se préparer à cette directive... Plus récemment, lors du congrès de la FNSEA à Troyes, François Baroin a repris le flambeau de cette politique du renoncement en affirmant : « Donnons un peu de souplesse au 5e programme de la directive nitrates pour ne pas pénaliser les exploitations  ».

En somme, voilà donc 20 ans que nos élus, en matière de pollution des eaux, ont choisi la procrastination pour seul horizon politique : Remettre à demain, toujours à demain, et si possible le plus loin possible, la nécessité de réduire les intrants... Et ainsi flatter, à court terme, l’électorat rural.

Le résultat est sous yeux : du lisier début décembre, déversé devant la préfecture, des grilles défoncées sous les yeux bienveillants des autorités... Le résultat est sous nos yeux ce 31 décembre, avec quelques tonnes de fumier devant les grilles de la DDT. Le résultat est donc celui d’une colère et d’une violence qu’on peut comprendre, expliquer mais pas excuser ; mais une violence alimentée par 20 ans de petites lâchetés.

L’Europe aura bon dos...

Bien évidemment, les agriculteurs ne sont pas restés les mains croisés. Depuis 20 ans, ils ont agi. Ils ont réduit les intrants. Ils ont développé les techniques plus respectueuses de l’environnement, comme, par exemple, les bandes enherbées le long des cours d’eau. Mais cela est loin d’être suffisant. Toutes ces mesures sont à des années-lumières de ce qu’il faudrait faire. Tout le monde le sait. Tout le monde sait, les élus et les responsables de la FNSEA d’abord, que plus on attend pour agir, plus les mesures à prendre seront douloureuses. Mais ces petites lâchetés de la vie politique conduisent encore et toujours nos élus et responsables syndicaux à caresser les agriculteurs dans le sens du poil. On a ainsi pu voir ce bon vieux Nicolas Dhuicq, jamais avare de démagogie, au milieu des agriculteurs aubois saccageant les rues et l’enceinte de la DDT. On les imagine déjà, les Dhuicq, Baroin, Mathis et consort expliquer, encore une fois, qu’il faudra « assouplir » cette directive, peut-être même la reporter sine die. On les imagine aussi dénoncer l’Europe, l’affreuse Europe qui nous imposerait cette affreuse directive. Elle aura encore bon dos, l’Europe... Car qui décide de ces directives ? Nos gouvernement, nos élus ! Qui surtout, depuis 20 ans, a préféré toujours remettre à plus tard ces mesures environnementales qu’ils avaient eux-mêmes décidées ? Nos élus, toujours !

A cet égard, l’irresponsabilité de nos dirigeants est dramatique. En 20 ans, ils n’ont pas été foutus de préparer correctement l’avenir de l’agriculture française et sa modernisation écologique. Les bretons le payent aujourd’hui par l’effondrement d’un secteur agroalimentaire essentiellement tourné vers le productivisme et le bas de gamme. Les agriculteurs aubois risquent demain d’être les nouvelles victimes de cette incurie collective. Nos politiques auront alors beau jeu de venir les consoler. Le mal sera fait. Et nos eaux toujours plus polluées qu’ailleurs...

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Mis à jour le samedi 5 décembre 2015