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PDU : 50 actions, presque autant de raisons d’en pleurer...

Le nouveau Plan de Déplacements Urbains du Grand Troyes est-il à la hauteur des ambitions affichées ? Hélas non si on en croit les 50 actions prévues par ce document.

Sur la forme, je l’ai déjà écrit, Ce PDU, comme trop de ces usines à gaz administratives, est aussi lisible qu’un annuaire serbo-croate. En tout, plus de 750 pages d’un jargon technocratique des plus imbuvables.

Des objectifs à la fois fois ambitieux et insuffisants

Sur le fond, une fois que l’on a digéré le dictionnaire moldavo-bulgare, le contenu des 50 actions proposées, au regard des objectifs affichés, aurait de quoi plonger le commandant Cousteau dans les abîmes du désespoir.

Rappelons qu’il s’agit de réduire la part de l’automobile de 5 % et d’augmenter celle des transports en commun et des 2 roues respectivement de 3 % et 2 % d’ici 2024. Cela est à la fois ambitieux et insuffisant. Ambitieux car entre 1998 et 2006, la part de l’automobile a progressé de 10pts (passant de 66 % à 77% des déplacements). Insuffisant car une baisse de 5 % ne nous ramènerait même pas à la situation de 1998...

De toutes manières, lorsqu’on prend connaissances des 50 actions envisagées, cet objectif n’a pas la moindre chance d’être atteint.

La part belle à la bagnole

D’abord, parce que ce plan fait la part belle (trop belle) à la bagnole. Les 10 premières actions visent en effet à faciliter la circulation automobile. Cela passera par une meilleure gestion des feux, un renforcement des informations sur l’occupation des parkings ou un meilleur jalonnement routier. En somme, grâce à ces 10 actions, les amoureux de la boîte de vitesses pourront accéder plus vite et plus facilement à tout ce qu’ils souhaitent. Il ne s’agit pas pour autant de remettre en question le bien-fondé de certaines de ces actions. Quelques unes d’entre-elles sont utiles, si ce n’est nécessaires. Mais nous aideront-elles à réduire la part de l’automobile comme ce PDU le veut ? Permettront-elles de développer les modes doux, comme les élus paraissent le souhaiter ? Mieux vaut croire au Père Noël...

Beaucoup de plans, de schémas et d’observatoires

Par ailleurs, une tripoté d’actions (une petite dizaine) se résume à créer ou développer des chartes, des observatoires, des schémas, en veux-tu, en voilà et même d’autres plans ! On pénètre ici, à tombeau ouvert, dans les plus belles absurdités de l’administration française qui invente des Plans (de Déplacements Urbains) qui eux-mêmes enfantent d’autres plans sur lesquels se bâtiront des schémas et des chartes à la pelle. Tout cela pour quoi ? Mystère... En tout cas, faire et défaire, c’est toujours travailler diront les mauvais esprits. Mais on peut s’interroger : est-ce qu’observer la mobilité (action 45), remplir des jolis dossier pour inventer des PDE, des PDA et des PDIE (actions 43) que personne ne connaît peut avoir un quelconque intérêt ? J’en doute...

Voilà déjà à la louche, une bonne vingtaine d’actions sur cinquante qui, objectivement, ne permettront pas d’atteindre les résultats envisagés.

La tarte à la crème du pôle multimodal

Le reste est à peine plus réjouissant... Et ce n’est pas la tarte à la crème du pôle d’échange multimodal de la gare qui peut suffire à nous rassurer. Le jargon technique ne change rien à la réalité. Dans ce projet (action 15), décliné à plusieurs reprises, il n’est finalement question que de rénover un quartier qui en a sérieusement besoin ; d’y tracer une voie de bus, une piste cyclable, d’y installer une deuxième halle aux vélos. C’est sympathique mais je ne suis pas certain que cela change quoi que ce soit à nos déplacements quotidiens.

Les vélos : un traitement cosmétique

S’agissant des déplacements à vélos, le PDU relève du simple traitement cosmétique. On y évoque (Action 11) le renforcement des modes doux, avec, pour y parvenir la poursuite ce qu’on fait déjà : des pistes cyclables, des zones rencontres, des zones 30, des contre-sens. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Des progrès indiscutables ont été faits depuis 10 ans dans ce domaine. Mais les actions décrites, sans guère de précisions sur les lieux et la forme que prendront ces aménagements laissent dubitatifs sur la volonté réelle de développer l’usage de la bicyclette. De manière tout aussi évasive, on mentionne la sécurisation des lieux d’accidents impliquant un piéton et/ou un cycliste (Action 13), sans savoir ni où, ni comment, ni quand ces points noirs seront traités ; et sans même parler du cas de l’avenue du 1er mai ou de l’avenue Brossolette dont la dangerosité est avérée. Voilà qui laisse toute latitude pour ne rien faire ou, en tout cas, le plus tard possible. Bien évidemment, la Halle aux Vélos, ma p’tit marotte, est mise à l’honneur. On nous promet de la développer et d’en faire un « réseau » (action 34). Il aurait déjà été intéressant de connaître le bilan, après 2 années pleines d’activités, de ce service, avant d’en annoncer l’élargissement. C’était le moins que l’on puisse espérer. Paradoxalement, ce PDU, qui fait état d’une volonté de fournir des tonnes d’indicateurs (Action 41), ne parvient pas, en plus de 700 pages, à donner une évaluation chiffrée de cette expérience. Allez savoir pourquoi...

Peut-être un busway pour Troyes ?

En matière de transports en commun, c’est un peu mieux, concédons-le. Ce PDU évoque notamment deux trois pistes intéressantes comme celle d’une ligne circulaire, évitant ainsi le centre-ville et permettant des liaisons directes entres les communes périphériques de l’agglomération. Il est également question de simplifier la grille tarifaire (action 37), d’adapter la fréquence et l’amplitude des bus (action 39) et surtout de développer une «  offre en site propre dédiée, préfigurant un potentiel Bus à Haut Niveau de Service. ». Ce serait donc le prémisse d’une idée que j’avais évoqué ici, celle du busway. Une idée qui, vraisemblablement, serait un élément fort pour revaloriser l’image des transports en commun. Souhaitons que cette suggestion, sans doute la plus intéressante de ce PDU, ne finisse pas au fond d’un bureau du Grand Troyes.

Pour conclure, ce PDU n’est visiblement pas à la hauteur des petites ambitions affichées. Il manque singulièrement d’ambition et de précision quant aux déplacements doux. Il reste, trop souvent, à la surface des choses, se contente de resservir quelques vieilles lunes : pedibus, code de la rue, apprentissage du vélo et du bus, pour en quelque sorte noircir un peu de papier.

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Mis à jour le samedi 5 décembre 2015