Aller au contenu Aller au menu Aller à la recherche

Logo du site

Accueil > Se déplacer > Politique cyclable du Grand Troyes : Des centaines de milliers d’euros pour (...)

Politique cyclable du Grand Troyes : Des centaines de milliers d’euros pour ne jamais aller à Prague.

Le schémas des liaisons douces a été voté à l’unanimité par le Conseil du Grand Troyes. Et les élus, le sourire du benêt aux lèvres, saluent à qui mieux mieux ce dispositif.

Aucune voix pour critiquer ce plan, sauf la mienne. Car ce projet traduit une vision des déplacements doux sortie tout droit du cerveau de technocrates qui n’ont plus, depuis belle lurette, posé le popotin sur le cuir de la selle, sauf pendant leurs vacances sur l’Île de Ré... En vérité, il ne s’agit pas ici, contrairement à ce que nos élus affirment d’un plan de déplacements doux, mais d’un projet lié aux loisirs. Il ne s’agit pas davantage (ou si peu) de favoriser la pratique quotidienne du vélo, en lieu et place de la voiture ou du bus, mais de soutenir les balades dominicales des familles à bicyclettes. J’en veux pour preuve les annonces qui viennent d’être faites.

Le malentendu entre le vélo pour les loisirs et le vélo pour les déplacements

On parle d’aménager des pistes hyper-sécurisées, s’inscrivant dans d’hypothétiques parcours européens !! On parle de nouveaux tronçons permettant de relier Troyes à un parc ou à une Vélovoie en traversant des rues désertes. Pour la balade, c’est parfait. Mais pour se déplacer quotidiennement, c’est une autre paire de manches ! Le résultat, c’est que l’on dépense quand même des centaines de milliers d’euros pour des projets qui ne répondront pas aux objectifs affichés.

Comprenez bien que je n’ai rien contre ces nouvelles pistes. Ce qui est pris, n’est plus à prendre, même si pour me rendre au boulot ou faire une course, j’ai peu de chance de prendre la direction des lacs ou de Prague. Ce que montrent ces annonces c’est le malentendu qui existe entre ce qu’on peut attendre d’une politique cyclable urbaine et ce qui trotte dans le cerveau de nos élus. Pour prendre une image, c’est un peu comme si, pour favoriser les déplacements à pied, le Grand Troyes se mettait en tête d’aménager des sentiers de randonnées. Certes c’est sympa, mais ça ne répond pas aux objectifs fixés.

Pas besoin de pistes hyper-sécurisées

Plus qu’un malentendu, c’est peut être l’objectif visé qui n’est pas clairement partagé. Car s’il s’agissait véritablement de soutenir les déplacements doux, si cet objectif était profondément ancré dans l’esprit de nos responsables, ils constateraient rapidement le faible intérêt d’aménager une piste sécurisée dans la rue Guillaume Bé ou de déplacer la piste du Quai la Fontaine de 2 mètres vers le bassin. Ils s’apercevraient surtout que le développement du « vélotaff » comme on l’appelle parfois, passe, non pas par des infrastructures lourdes et coûteuses, mais par une approche systémique des politiques de déplacement. Faire plus de pistes cyclables, plus sécurisées, plus larges, plus chers, ne change pas grand chose à notre affaire. Au contraire, l’énergie dépensée produit bien peu de résultats pour un coût souvent exorbitant. Faire autrement, lorsque, par exemple, on rénove la voirie, peut s’avérer bien plus efficace et bien moins coûteux. Or, la plupart des rénovations actuelles se contentent d’élargir un poil les trottoirs, de supprimer quelques places de stationnement et de mettre parfois de beaux pavés sur la chaussée. Le résultat est agréable à l’œil. Mais même si on ajoute une « accroche » pour attacher son vélo ici ou là, il témoigne que l’objectif officiellement affiché n’est pas réellement intégré. On sait par exemple que pour les vélos, dans les rues à sens unique, un stationnement latéral des voitures à gauche est préférable. Cela ne coûte rien, mais cela n’est pourtant presque jamais fait. On sait aussi que les contre-sens cyclables sont extrêmement pratiques et, contrairement aux idées reçues, très sécurisants. Là encore, cela ne coûte rien. On sait aussi l’intérêt de supprimer les trottoirs ou d’en réduire la hauteur pour permettre aux cyclistes de poser, d’attacher leur vélo ou de rentrer chez eux. On sait enfin l’inconfort que représentent les pavés et le coût infinitésimale que représente la mise en place d’une bande de roulement asphaltée dans les vieilles rues de Troyes. Toutes ces petites choses ne sont pas spectaculaires, mais dans cette logique systémique qui manque à notre agglomération, elles auraient une série de répercussions majeures sur le partage de l’espace urbain.

Sortir du "toujours plus"

Au final, ce n’est donc pas en faisant plus de pistes et en dépensant des centaines de milliers d’euros pour ne jamais aller à Prague qu’on pourra développer la pratique quotidienne du vélo. Au contraire, il s’agit de sortir de cette logique du « toujours plus », coûteuse et peu efficace, au profit d’une logique du « autrement », consistant à entrevoir, selon la théorie de l’effet papillon, qu’une solution légère et peu coûteuse peut enclencher une spirale positive.

Voir en ligne : http://www.auboisementcorrect.com/1...

P.-S.

Première publication en avril 2013

Répondre à cet article | Article au format PDF

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

SPIP 3.0.20 [22255] | Squelette BeeSpip v.

Mis à jour le samedi 5 décembre 2015